Interview d’Anthony Mazzenga, Directeur gaz renouvelables chez GRTgaz

La French Gas Tech : un écosystème dynamique et vertueux au cœur des territoires

Autour de procédés innovants de traitement des déchets s’active un écosystème dynamique composé d’industriels, de startups, de PME et de collectivités, engagés dans la transition écologique. Tous font le choix du gaz et s’investissent pleinement dans le développement d’une nouvelle économie vertueuse au cœur des territoires.

Anthony Mazzenga, Directeur gaz renouvelables chez GRTgaz, dresse les enjeux de ces nouvelles filières.

Pourquoi produire du gaz à partir de la méthanisation et la pyrogazéification ?

La valorisation des déchets est aujourd’hui un défi majeur pour nos sociétés.

La transition écologique se résume encore trop souvent uniquement sous la seule dimension de production d’énergie décarbonée. Avec la production de gaz renouvelable, il s’agit de marier transition écologique et économie circulaire en offrant des solutions innovantes et pertinentes pour répondre à la problématique des déchets, des boucles de consommation courtes, et de l’accès à une énergie locale et renouvelable.

La méthanisation et la pyrogazéification permettent de valoriser en énergie gaz une grande variété de gisements de déchets et d’effluents : agricoles, ménagers, industriels ainsi que les déchets résiduels qui sont mal traités par les filières traditionnelles comme le plastique ou le bois usé. À titre d’exemple, 3,1 millions de tonnes par an de bois en fin de vie ne trouvent pas de débouchés pour une valorisation locale pertinente. Difficile de rester sans rien faire.

 

Concrètement, quelle évolution constatez-vous sur le terrain ?

Ces filières d’avenir se structurent et se développent dans les territoires. Mais elles présentent des niveaux de maturité différents.

La méthanisation est une technologie mature. Elle connaît aujourd’hui un véritable déploiement en France avec  90 sites déjà raccordés aux réseaux gaziers et qui produisent aujourd’hui et plus de 660 projets à l’étude, dont les deux tiers sont des projets agricoles.

La pyrogazéification est quant à elle au stade des premiers déploiements industriels : peu de sites existent encore aujourd’hui mais des premiers pilotes commencent à émerger en France parallèlement à l’arrivée de nombreuses start-ups et PME.

Nous constatons une forte dynamique territoriale autour de ces deux technologies. De nombreux acteurs se mobilisent comme des collectivités territoriales, des syndicats de déchets, des laboratoires de recherche et tout un écosystème d’entreprises de l’innovation. Je pense par exemple à Prodeval pour l’épuration de biogaz issu de la méthanisation de déchets organiques, Waga Energy pour celui capté dans les décharges,  Terrawatt et Enosis sur la méthanation biologique, ETIA sur la pyrogazéfication…

Cette French Gas Tech existe bel et bien !

 

Que manque-t-il pour accélérer le développement de ces filières ?

Il est tout d’abord important de mieux les faire connaître, notamment auprès des décideurs qui n’associent pas spontanément l’énergie gaz à l’innovation et la transition énergétique. Or, cette énergie est capable de se réinventer. Le gaz, c’est l’énergie des possibles ! Cette promesse, GRTgaz la porte depuis 2017 avec la volonté de mettre en visibilité la production de gaz renouvelables et les acteurs territoriaux qui s’appuient sur les atouts énergétiques, environnementaux et économiques de ces nouvelles filières.

Pour exprimer ce message, Viva Technology constitue un rendez-vous incontournable pour les observateurs, surtout que le fil rouge de cette édition est la « Tech for Good ».

Cette production vertueuse et prometteuse a besoin d’être soutenue par une volonté politique et une visibilité dans la durée pour renforcer leur compétitivité.

Ce soutien est indispensable pour permettre à ces filières de développer les économies d’échelles, standardiser leurs équipements, tester leurs projets, et ainsi réduire leurs coûts.

Dans l’analyse économique, il est par ailleurs fondamental de prendre en compte l’ensemble de leurs externalités positives. Prenons l’exemple de la pyrogazéification : son coût est certes plus élevé aujourd’hui que d’autres technologies de valorisation de déchets. Mais dès 2025, elle pourra représenter une véritable alternative à la mise en décharge, dont les volumes doivent être réduits de 50% et taxés 3 à 4 fois plus avec les nouvelles dispositions législatives.